Nagori – Croustade aux dernières fraises du Québec

Avez-vous déjà éprouvé, lorsque septembre tire à sa fin, la mélancolie des derniers étals de fraises du marché ? L’élan irrépressible d’acheter un dernier casseau d’aubergines (replètes, juteuses et brillantes) pour en faire un plat grandiose, leur rendre un dernier hommage avant qu’elles ne disparaissent jusqu’à l’été prochain ? Le regret de la saveur incomparable des framboises, de la fleur d’ail ou de courgette, du chou romanesco, des prunes Mont-Royal ou du raisin bleu, à la saison si fugace ?

Crédits photo: Almamat(et)ers
Crédits photo: Almamat(et)ers

Les Japonais ont un mot magnifique pour désigner ces ultimes instants où l’on s’efforce de profiter encore d’un produit de saison, ou le regret de sa disparition effective ou imminente : Nagori (名残 – littéralement « souvenir, vestiges »). La quintessence du plaisir éphémère, un mélange de joie et de regret. Nagori, c’est un peu l’équivalent gastronomique de la dernière baignade d’août, du dernier jour (déjà un peu trop frais) où l’on porte une robe d’été avant de la remiser pour l’hiver, de l’obstination que l’on met à s’attarder en terrasse pour prolonger l’illusion des beaux jours.

Les raisons de privilégier les fruits et légumes de saison sont innombrables : écologie, économie, éthique… S’il vous en faut davantage, les voici : hashiri (走り – que l’on pourrait traduire par « primeur »), soit le plaisir incomparable de mordre dans les tous premiers végétaux de saison, et shun (旬 – « saison ») ou sakari, le goût éclatant d’un végétal en pleine saison, au point culminant de sa saveur (une tomate des champs gorgée de soleil, par exemple). Et le plaisir est d’autant plus intense si l’on a patiemment attendu tout l’hiver sans se bourrer de fraises géantes et insipides de Californie 😉 Vive la saisonnalité !

C’est donc dans un état d’esprit nagori que nous avons réalisé la sublime recette de croustade aux fraises de Trois fois par jour, presque à la lettre : seulement un peu de sirop d’érable et de cannelle dans les fraises, environ ¼ de beurre et de cassonade en moins dans la croûte, pour mieux exalter le goût sucré et acidulé de ces merveilleux fruits rouges du Québec. Les fraises d’automne sont encore succulentes, dépêchez-vous d’en profiter (et si vous les achetez au marché Jean Talon, un petit détour par Pile ou Glace vous permettra de déguster votre croustade à peine tiède avec leur onctueuse gelato à la vanille –en pots, en cornets ou en contenants à emporter, les portions sont extrêmement généreuses).

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *