Le glacier Amorino de Nouméa (et pourquoi les touristes japonaises sont-elles toutes habillées pareil ?)

Photo credit: Chales Bardamu via VisualHunt.com / CC BY-NC-SA

Longtemps réservée aux gourmands européens, la chaîne Amorino a ouvert dans les dernières années plusieurs succursales outremer. Créé en 2002 par Cristiano et Paolo (deux a priori chics types qui partagent le même sourire photogénique et le même complet anthracite), ce « glacier artisanal » propose des douceurs glacées italiennes sans arôme artificiel ni colorant, et privilégie les produits biologiques. De la crème glacée Inimitable (mélange maison au chocolat et noisettes) au sorbet Agrumes de Sicile, tous leurs parfums sont impeccablement délicieux. Et assez chers, pour ce qui reste tout de même une chaîne présente à l’internationale.Ceci dit, mon ignorance coupable quant à la conversion francs pacifiques/euros/dollars m’a préservée de l’indignation lors de mes récentes visites (elle m’a aussi bêtement fait dépenser le P.I.B. de l’Ouzbékistan en achetant deux salades tahitiennes et un œuf Kinder de contrefaçon à l’épicerie du coin, mais c’est une autre histoire).

En Nouvelle-Calédonie depuis trois semaines, j’ai en effet déjà eu l’occasion de goûter à trois reprises aux sucreries proposées par l’Amorino de Nouméa. Eh oui, pour faire du tourisme authentique et privilégier les produits locaux, on peut compter sur moi.

L’établissement est petit mais idéalement situé face à la très touristique et balnéaire Baie des Citrons, et offre plusieurs tables abritées à l’extérieur. Les glaces et sorbets sont tous onctueux et savoureux à souhait (parfum du moment : Stracciatella Mandarine Bio), les gaufres à se damner, et l’espresso frappè excellent (en revanche, il ne vous réveillera pas si vous venez de vous faire dévorer par une escouade de moustiques surentraînés au passionnant Centre Culturel Tjibaou, et êtes en train de succomber à un accès de dengue soporifique).

Petit bémol : la nonchalance narquoise du personnel m’a donné l’impression de souffrir d’un léger retard mental à chaque fois que j’y ai passé commande, mais peut-être est-ce simplement le terrible esprit critique d’Almamatters qui me rend parano.

Fait notable : Si vous avez traîné vos guêtres du côté de Nouméa récemment, où accostent tous les jours des paquebots de touristes venus d’Australie, de Nouvelle-Zélande ou encore du Japon, vous avez sans doute remarqué un phénomène sociologique bien singulier. Des groupes de jeunes filles japonaises s’y promènent bras-dessus bras-dessous, diaphanes, chapeautées et parées de perches à selfies dernier cri. Mais surtout, à l’instar de nos amis Cristiano et Paolo sur le site Internet d’Amorino, elles sont vêtues exactement pareil. Qu’elles soient deux, quatre ou six, ces gracieuses nippones déambulent habillées de vêtements parfaitement identiques, ou encore de la même tenue déclinée en plusieurs couleurs différentes. Après avoir croisé un certain nombre de ces apparitions tout au long de la journée, ma mère, mon cher et tendre (que nous nommerons Julio Iglesias pour préserver son anonymat) et moi-même étions plongés dans la perplexité.

Etait-ce une tendance modesque inconnue de nous ? Une tactique habile pour ne pas se perdre dans la foule ? Une promotion fulgurante sur les lots de combinaisons en soie ?

La réponse tomba –presque- du ciel. Alors que nous étions attablés devant Amorino, occupés à gratter nos piqûres de moustique en dégustant un sorbet à la mangue, six jeunes filles parlant la langue d’Haruki Murakami vinrent s’installer à la table voisine. Elles portaient toutes l’exacte même robe d’été vaporeuse, en respectivement : bleu turquoise, jaune canari, vert kiwi, rose fuchsia, lilas et bleu poudre.

Pour leur plus grand malheur, j’ai suggéré à haute voix qu’on devrait aller leur poser la question directement. Hélas, ma mère m’a prise au mot et s’est levée avec l’enthousiasme embarrassant qui la caractérise. Mes supplications (« pourquoi aller parler à des gens quand on peut regarder sur Google en rentrant à la maison ? ») n’ont pas suffi à l’arrêter. Flairant l’incident diplomatique, Julio Iglesias s’est immédiatement levé pour aller se cacher derrière l’abreuvoir, où il a feint de contempler l’horizon d’un air de ne pas nous connaître du tout. Ayant moins d’instinct de survie, je suis restée figée sur mon siège.

De là, j’ai pu observer ma mère terroriser une bande de copines qui voulaient juste texter tranquillement en sirotant leur café glacé. Avec horreur, je l’ai vue toucher à plusieurs reprises le tissu (au niveau de la cuisse) de la robe des deux filles qui se trouvaient le plus à portée de ses mains, tâtant allègrement l’étoffe comme si elle projetait d’en acheter cinq rouleaux chez Ravate[1]. Comme elle peinait manifestement à se faire comprendre avec des mots, elle avait recouru à son célèbre langage des signes. Et moins les Japonaises comprenaient, plus elle tirait sur le drapé de leurs robes, souriant à pleine dents, sans s’apercevoir que ses deux plus proches interlocutrices étaient au bord de l’attaque de panique, et que les quatre autres commençaient discrètement à pianoter le numéro de la police, des pompiers et de l’armée.

Finalement, elle est revenue vers moi ravie, après avoir récolté les mots « Japan », « shopping » et « best friends » en guise d’explication. Je lui ai dit que les natifs du pays du Soleil Levant appréciaient moyennement de se faire triturer par des inconnus. Soucieuse de faire bonne impression, elle est retournée leur dire arigato gozaimas (merci beaucoup), mais ce coup-ci je me suis enfuie avant de savoir si elle allait ou non écorcher l’expression et leur sortir une obscénité involontaire.

Conclusion : au Japon, les jeunes filles iraient donc magasiner ensemble pour s’habiller pareil que leur(s) BFF(s). Cela m’a rendue très triste de n’avoir pas Lolo à portée de main pour acheter une collection de t-shirts pyjamas et maillots de bain pailletés identiques.

[1] Clin d’œil aux Réunionnais.

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