Un top des petits cafés montréalais, classés par gentillesse

Ce ne sont pas les chaînes internationales à la Starbucks qui tueront les petits cafés de quartier : ce sont les barista désagréables.

En effet, quitte à se faire servir son latte de grand matin avec un air bête et/ou le petit sourire narquois qui va bien (au choix, certains sont passés maître dans l’art de décocher les deux), et siroter amèrement sa feuille de fougère tracée avec mauvaise  foi dans la mousse de lait, autant le faire pour deux piasses de moins.

De plus, avez-vous remarqué combien un service inexplicablement condescendant était toujours plus vexant dans le petit café in qui vient d’ouvrir au fin fond de Rosemont que dans le premier Starbucks venu ? Dans ce dernier, on peut accuser le manque d’âme général de la place, le stress subi par les employés et leur rythme de travail frénétique, sans parler de l’aura mauvaise du capitalisme qui gâte inévitablement le caractère.

Mais lorsqu’un(e) hipster en chandail jacquard vous toise depuis son comptoir où zéro urgence se profile, si ce n’est celle de continuer à placoter avec son ou sa collègue et de choisir entre Yann Tiersen Damian Rice pour la prochaine toune qui complètera l’ambiance smooth des lieux, on peut légitimement se sentir piqué-e au vif.

Entendons-nous bien ici : si vous êtes le genre de client(e) qui salue de façon télépathique, sourit seulement lorsque le café vous brûle les lèvres et remercie entre vos dents tout en laissant une cenne noire en guise de tip, cessez immédiatement de vous offusquer.

Mais si, comme moi, vous avez été élevé dans la déférence absolue d’autrui et traitez chaque interaction sociale comme une rencontre avec le Père Noël, difficile de ne pas le prendre personnel lorsqu’on ne vous retourne pas votre politesse (et vos sourires illuminés).

Est-ce parce que j’ai trop hésité avant de choisir mon format de breuvage ? Parce que je commande le gravlax à 8 heures du matin, ou du lait de soja dans mon macchiato ? Le tombé de mon jacquard n’est-il pas assez ironique pour me ranger du côté des cool kids ?

Bref, il est temps de s’attaquer à ce fléau des temps modernes s’il en est : le ou la barista pas sympa (cela vaut aussi pour le reste du personnel, des gérants aux employés). Pour vous éviter d’attaquer votre session de travail (ou votre session de Facebook entrecoupée de 2 lignes sur Word lorsqu’un autre client passe près de votre écran) avec l’ego meurtri et la névrose d’exclusion en bandoulière, nous avons entrepris de faire le tour des petits cafés de quartier en évaluant la qualité du service plutôt que celle du grain ou des scones.

Variables invariables : pour juger du caractère avenant, nous avons tenu compte de notre propre attitude (qui devait être irréprochable), de l’achalandage du café au moment de notre visite, et de facteurs imprévisibles (plusieurs visites ou une visite prolongée avant de prononcer un jugement, histoire de ne pas le fonder sur une erreur de parcours).

Critères retenus : sourire, attitude générale, absence de lueur moqueuse au fond de l’œil et/ou d’expression faciale désagréable, contact visuel (sur une échelle du malaise allant de j’te-regarde-pas-t’existes pas à c’est-moi-qui-vais-gagner-le-combat-de-regards), propension à saluer le client ou à l’ignorer jusqu’à ce que petite mort sociale s’ensuive.

Ce « classement » est bien sûr éminemment subjectif, et largement fondé sur notre propre paranoïa (et n’a bien sûr aucun rapport avec le fait que de toute façon, nous n’y connaissons rien en café).

Vous voulez encourager le commerce et l’artisanat local sans vous frotter à de l’attitude ? Voici donc les cafés les plus gentils de Montréal.

Le titre était un mensonge. Ceci n’est pas un vrai top ni classement, parce que même si c’est meilleur pour le référencement, on trouve le principe globalement assez nul. Mais si ça peut vous aider, sachez que notre échelle de la gentillesse va de « Hipster mal réveillé » (0) à « bébé labernois » (5).

Café oui mais non (Villeray) 3,5/5 (Hipster à un concert d’Arcade Fire)

Comment ne pas l’aimer au premier coup d’œil, avec son gros « OUI » malicieux affiché au mur en fières lettres bleu lys, son plafond et ses poutres de bois ornés de guirlandes lumineuses et son décor à la fois épuré, dépareillé et chaleureux? Sans compter la petite note au comptoir qui encourage le client à consommer du Bec Cola local plutôt que d’enrichir les multinationales.

Le truc en plus : les toilettes parlantes qui te susurrent des mots doux.

Le truc en moins : certains membres du staff, sans être franchement hostiles, sont toutefois moins aimables que le haut-parleur des toilettes. Ou du moins, ont l’amabilité sélective.

Café 8oz (Rosemont) 3.5/5

La rue St-Hubert a enfin son attrait[1] outre ses robes de mariée quétaines et ses fientes de pigeon : le Café 8oz. Caché au sud de la Plaza St-Hubert et à proximité de la seule boutique au monde qui peut encore vendre des meubles en rotin (hormis celles de la Réunion), ce lieu est tenu par un jeune couple qui a vraisemblablement de très bons goûts en décoration. Cet espace épuré est en effet très beau sans être snob. Le lieu est idéal autant pour travailler, flâner que papoter avec des amis et des enfants. Pour les jeunes parents, sachez qu’il n’y a pas de problème pour trouver un espace pour caser la poussette et le(s) morveux.

Les trucs en plus : le choix de l’approvisionnement de café. Les propriétaires s’approvisionnent chez Tandem, un microtorréfacteur de Portland. La présence de kouign-amann et de financiers de Patrice Demers. Par contre, à mon humble avis, ils ont beau être faits par un grand chef pâtissier, je les trouve chérots pour un mélange simplisme de sucre-beurre-farine.

Le truc en moins : Le lieu est malheureusement plus accueillant que le personnel sur place. Il est dommage que les propriétaires n’aient pas été aussi exigeants en matière d’esthétisme que sur le rôle essentiel du café comme lieu d’échange et d’interactions que doit maintenir le tenancier de café. Thé glacé sans plus.

San Gennaro [café et pizzas] (Petite Italie) 3.75/5

J’adore la Petite Italie, son côté village, ses petites boutiques remplies de trésors gustatifs, ses papis et mamies ridés discutant sur les bancs à côtés de mafiosos. Oui, j’aime ses clichés.

San Gennaro, nom du Saint patron de Naples, est situé entre ses deux frères : l’Hostaria et la Bottega. Il appartient en effet également à la famille Covone. Comme beaucoup de commerces dans le quartier, c’est un petit joyau. En plus des cafés, des pâtisseries et des pizzas, vous y trouverez une sélection de produits italiens haut de gamme. Dès 7 h, vous pourrez délecter un bon café italien (évidemment) provenant de Filicori Zecchini, accompagné de bonnes pâtisseries (cannolis, biscottis, sfogliatelle, etc.) et gelato (la saveur basilique[2] est magnifique).

Le truc en plus : Les sfogliatelle, pâtisserie DIVINE de la Campanie qui est une pâte feuilletée fourrée de ricotta parfumée aux oranges confites. Ils seraient réalisés par Giovanna Covone (la maman Covone). Bon après, comme me le rappelle Xuxu, ils sont peut-être faits par un Cubain dans une cave. Ils n’en demeurent pas moins divins.

Le truc en moins : une petite dizaine de places à l’intérieur, le double à l’extérieur durant l’été. Je ne pense pas que vous soyez les bienvenus avec votre ordi et vos lectures pendant plusieurs heures à moins peut-être de boire plusieurs jus pressés crus, sans gluten et sans lactose[3](à plus de 9 $ la petite bouteille ?!).Par contre, le service reste ici aussi assez impersonnel, nous rappelant que nous sommes loin de l’Italie.

On les a visités, mais on ne se prononce pas :

Café Larue (2 succursales, Villeray) et  Café La Brume (Villeray)

En dépit de l’excellence de l’expresso au café Larue et des inspirantes citations tracées à la craie devant le café Brume, nos expériences n’y ont pas été suffisamment concluantes. Peut-être une deuxième ou troisième chance durant l’hiver ? (Si un-e mécène veut sponsoriser notre expérience sociologique…)

On les a visités trop rapidement, mais on se prononce quand même :

Café Candide (Rosemont/Petite Patrie)

Petit nid douillet sur la Plaza Saint-Hubert, ce nouveau café propose des paninis d’apparence succulente (visite-éclair car j’ai dû y traîner Lolo à force de supplications et de chantage affectif de haute volée), donc une option végéta*ienne, yé ! Le service nous a semblé parfaitement aimable et le lieu fort coquet et accueillant. Et le latte à la rose du Québec est une MERVEILLE.

Vous voulez rendre hommage à un barista particulièrement smatte, nous conseiller un café inexploré ? Vous êtes propriétaire de café et avez des remarques sur cet enjeu crucial qu’est la gentillesse ? Vous trouve que nous avons été injustes avec votre établissement ? Faites-vous plaisir dans les commentaires!

(Merci en revanche de ne pas taper nommément sur une personne ou un lieu en particulier : le but n’est pas d’enfoncer une entreprise ou un employé, mais d’encourager la gentillesse, une mauvaise journée, ça peut arriver à tout le monde).

À SUIVRE 😉

[1] J’exagère mais juste un peu. (Xuxu précise qu’elle ne cautionne absolument pas cette phrase horrible).

[2] Mais attendez d’avoir goûté à la saveur cathédrale! (Lolo ne cautionne pas la blague pourrie de Xuxu).

[3] C’est une boutade les cocos.

Photo : Joseph Markovitch par Martin Usborne

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